"Il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre." (Jean-Jacques Rousseau)

 

Visages, villages... Voyages...

 

Des visages qui sourient ou des visages qui pleurent, des visages qui disent la joie ou la souffrance... Des visages qui nous parlent, parfois sans prononcer un mot. Combien en croisons-nous chaque jour et savons-nous les voir, les regarder vraiment ? Des visages de toutes couleurs car il n'y en a pas deux d'identiques. Colette disait "Le visage humain fut toujours mon grand paysage." et Lichtenberg, philosophe et physicien dont un cratère lunaire porte le nom : "La surface la plus passionnante de la terre, c'est, pour nous, celle du visage humain."

L'été que nous abordons est le temps des voyages, le temps de prendre son temps pour découvrir aussi le tout proche de nous.

Lisses ou creusés par le temps, tous les visages racontent une histoire et nous entraînent dans des territoires inconnus. Chaque rencontre est une page nouvelle sur laquelle va s'inscrire un instant qui ne ressemblera à aucun autre. Pages innombrables à feuilleter. Tant à lire autour de nous, comme dans une immense bibliothèque.

Regarder l'autre, du plus profond de sa capacité à regarder, il semblerait pourtant que ce bonheur se perde. Et on se croise, et on se frôle, comme si chacun était transparent. A peine une ombre. Et dans ces temps technologiques, on se contente au mieux d'une photo sur un écran d'ordinateur et l'on se dit ami d'êtres qu'on n'a jamais vus. On manque la mobilité des traits, les vibrations de la chair. Et le virtuel gagne contre le charnel. Et les étiquettes contre la singularité, l'unicité. On se définit par des discours, des mots qui dressent notre portrait. Alors que parlent si bien et tellement mieux de nous les infimes pulsations de nos visages à nu. Les aspérités du paysage parfois accidenté de nos visages.

N'est-il pas urgent de repenser la manière dont on voit l'autre ?

Cinéastes, photographes, peintres n'ont-ils pas pour mission de nous amener à voir l'autre vraiment, à déceler les failles qui rendent humain, à retrouver la beauté même derrière l'imperfection ? Pablo Picasso s'interrogeait : "Faut-il peindre ce qu'il y a sur un visage ? Ce qu'il y a dans un visage ? Ou ce qui se cache derrière un visage ?" L'artiste va chercher à l'intérieur, derrière le masque. Gros plan sur les vérités enfouies. Comme le font Agnès Varda et JR dans Visages, villages, il faut quitter sa chambre et marcher vers nos semblables, tous si différents. L'art, ainsi que la rencontre au hasard des villages et des rues de nos villes anonymes, est une intersection, un point de connivence et de complicité possibles. Prenons le temps de nous arrêter sur nos visages, comme on regarderait un paysage, comme on le découvrirait au détour d'un voyage. "L'art c'est pour surprendre, non ?" dit l'un des protagonistes du film de Varda et JR. C'est aussi, comme l'exprime la cinéaste, pour éviter que les autres, rencontrés, "ne tombent dans un trou de ma mémoire"... Ne pas juste apercevoir, capter la dissemblance infinie et ne pas l'oublier. Ce mois-ci des cinéastes comme Kim Ki-duk (Entre deux rives), Kusturica (On the milky road) ou Terrence Malick (Song to song), mais aussi ceux que vous découvrirez et dont le nom vous est moins familier, (dont pas moins de neuf femmes) emmènent nos regards dans des paysages qu'ils ont scrutés. Leurs images sont un cadeau qui nous augmente et nous n'oublierons pas les visages qu’ils nous offre au regard.

Les apparences ne trompent pas, elles sont l'interrogation qui nous mènent à chercher, à comprendre... Si les masques existent, ils sont là pour être ôtés par les gestes de la tendresse. Osons, à travers l'art et dans la vie, au détour de nos chemins souvent encombrés d'inutile, le face à face attentif, le regard qui se pose, vraiment. Nous ferons vibrer, fort, notre capacité à penser et à regarder dans les yeux les différences, car "Penser, ce n'est pas unifier, rendre familière l'apparence sous le visage d'un grand principe. Penser, c'est réapprendre à voir, diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié." (Albert Camus). Et nos regards mutuels nous ferons beaux, comme nous vous trouvons beaux  lorsque nous partageons vos émotions au sortir de nos salles...                                                                                                        

                                                                        Corine